Soldats. Combattre, tuer, mourir: Procès-Verbaux de récits de soldats allemands

Buchvorstellung, DHI Paris

Durant toute la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques et les Américains ont procédé à des écoutes systématiques de milliers de prisonniers allemands – sous-mariniers, soldats de l’armée de l’air et de l’armée de terre. Les passages de ces conversations présentant un intérêt spécifique (stratégie, organisation de la chaîne de commandement, moral des troupes, etc.) ont été gravés sur des disques de cire et transcrits. 150 000 pages de procès-verbaux découvertes dans des archives britanniques et américaines ont été dépouillées par les auteurs.

Dans un premier temps, le lecteur a l’impression d’entendre parler les soldats, de les voir gesticuler et débattre, avec la rude franchise de la camaraderie lorsqu’ils racontent leurs combats, la mort donnée et la mort reçue. Très vite, cependant, on comprend l’importance de cet ouvrage. Jusque là, les historiens devaient utiliser des sources très problématiques pour étayer leurs recherches sur la perception de la violence et la propension à tuer (dossiers d’enquête, lettres de la poste aux armées, récits de témoins oculaires, mémoires). Autant de propos, récits et descriptions rédigés en toute conscience pour un destinataire – un procureur, une épouse restée au domicile, ou bien un public auquel on aimerait communiquer sa propre vision des choses. En revanche, lorsque les soldats internés dans les camps parlaient les uns avec les autres, c’était sans intention particulière – jamais aucun d’entre eux n’aurait imaginé que ses récits et ses histoires pourraient devenir à quelque moment que ce soit une »source«, et a fortiori être imprimées. Ici, des hommes parlent en temps réel de la guerre et de ce qu’ils en pensent.

Ces témoignages obligent à porter un regard neuf sur l’histoire de la mentalité de la Wehrmacht, de l’armée en général et particulièrement sur la propension à la violence contre les civils. Cette violence est le fruit d’une éducation étrangère à l’humanisme libéral et porteuse de valeurs cimentées par l’appartenance de l’individu à un collectif qui en tout lui sera supérieur. La nazification fut alors un surplus idéologique, ce complément qui fit notamment basculer les soldats des crimes de guerre dans ceux contre l’humanité.


Sönke Neitzel, né en 1968, est historien et spécialiste de l’histoire militaire. Après avoir enseigné à Mayence, Karlsruhe et Berne, il occupe, depuis 2012, la chaire pour l’histoire internationale à la London School of Economics. Depuis 2010, il est également senior fellow du KWI Essen. Son livre »Abgehört. Deutsche Generäle in britischer Kriegsgefangenschaft 1942–1945« (2005) l’a fait connaître au grand public.


Harald Welzer, né en 1958, est psychosociologue et directeur de FUTURZWEI. Stiftung Zukunftsfähigkeit et enseigne à l’université de Flensburg. Il est l’auteur de »Les guerres du climat. Pourquoi on tue au XXIe siècle« (Gallimard, 2009) et, avec Sabine Moller et Karoline Tschuggnall, de »Grand-père n’était pas un nazi«. National-socialisme et Shoah dans la mémoire familiale (à paraître en mai 2013, Gallimard).